18 juin 2009
Supprimer les fleurs fanées ?
Fleurs de tissu fanées, artificielles ternies et céramiques délavées pour un repos éternel
sont joliment conservées ici.
Photos : Jen
16 juin 2009
Les fils de Joy Division et New Order...
... font de moi aujourd'hui un personnage de Jonathan Coe.
15 juin 2009
Entre Charmilles et Buis
Je m'efforce toujours de mettre à profit le week-end des Rendez-Vous aux Jardins pour visiter des jardins moins connus, plus secrets et dont l'accès est limité dans le temps ou possible la plupart du temps sur rendez-vous.
"Entre Charmilles et Buis" n'est pas un grand jardin : 800 m², et c'est tout juste si sa talentueuse conceptrice ne s'en est pas excusé au téléphone avant que je ne m'y rende. Et pourtant, une conviction intime, peut-être favorisée par la sonorité du nom de ce jardin, m'a poussée à dépasser les frontières de l'Oise, pour goûter les délices visuels et olfactifs qui se cachaient derrière celui-ci. Ma curiosité était aussi attisée par ce qui peut sembler somme toute comme un pari fort culotté : faire d'un petit jardin un lieu digne d'être visité...
Après une découverte du joli village d'Allonville tout près d'Amiens, dès le portail franchi, guidé par les pas japonais ourlés de plantations soignées qui témoignent déjà d'un joli travail sur les couleurs et les volumes, j'ai su que j'avais bien fait de venir. Le ton était donné et je devinai que ma visite serait sans doute plus longue que prévu. A mesure que je visite des jardins, il m'apparaît clairement que soigner son entrée est primordial, c'est une forme de mise en bouche qui détermine le style du jardin et doit suffisamment séduire le promeneur pour qu'il éprouve une irrépressible envie de découvrir ce qui se cache derrière les grilles...
C'est le jardin d'un père et de sa fille. Un émouvant couple jardinier, passionné et enthousiaste : elle conçoit, joue avec les couleurs, les volumes, les hauteurs, et lui, peintre aquarelliste formé aux Beaux-Arts, lui prête main forte, car la demoiselle passe une partie de son temps dans le Cotentin, voisine de Stéphane Marie, qu'elle connaît bien. Jardin d'artistes, donc, car il semble bien que la fille ait hérité des dons de son père en matière de composition, graphisme et correspondances chromatiques.
Quant une passionnée rencontre deux passionnés... ce fut une conversation vivante et chaleureuse entre eux et moi où se sont découverts des points communs et furent évoqués les jardins visités, les émerveillements, les déclics provoqués par certains lieux, les impressions vivaces, sensuelles et déterminantes induites par des visions de jardins que jamais ne sauraient captées les plus belles photos.
Le pari est gagné et j'y suis restée plus de deux heures entre ma promenade, les pauses d'observation et les conversations : le jardin semble plus grand qu'il ne l'est grâce à un jeu de perspectives et volumes judicieux, on y déambule lentement par le truchement de coins et recoins qui ont le charme des vieux jardins (celui-ci n'a que dix ans) et l'on s'arrête à chaque pas pour observer et noter les vivaces et arbustes (point d'annuelles ici) choisis soigneusement tant pour la floraison que pour le feuillage qui doit rester intéressant une bonne partie de l'année. Des essences parfois moins connues, des couleurs et des feuillages plus rares parmi les classiques indispensables...
Le père et sa fille déploraient les orages récents, ainsi que l'aspect moins net du jardin en comparaison avec ses débuts. Il me faut les rassurer : j'ai aimé ce jardin mature, où l'on doit se baisser, serpenter, se pencher, si évocateur des petits jardins de grand-mère. Ce jardin, cerné de charmille et structuré de boules de buis, en a le charme et offre par endroits des scènes très nostalgiques. Il permet aux visiteurs, de par sa taille modeste, de pouvoir se projeter dans ses propres désirs de jardin car ce lieu est davantage à leur portée qu'un parc de plusieurs hectares. Il a aussi le visage du raffinement au travers d'heureuses associations réalisées dans certains massifs où s'épousent formes élancées et dodues, pourpres et camaïeux de verts et jaunes pâles, et les gammes de roses se font écho dans l'alternance des rosiers et clématites en premier et arrière plans.
La visite s'achève par un ravissant jardin de curé miniature qui sent bon le rance des buis et l'humidité des jardins secrets. Je suis redevenue l'espace d'un instant la petite fille qui se perdait dans ses jeux au coeur de petits jardins ouvriers foisonnants qui lui semblaient aussi grands et mystérieux qu'un pays tout en entier.
Entre Charmilles et Buis
5 le Tour des Haies
80260 Allonville
Tél : 03 22 93 02 71
11 juin 2009
Spreading the news
Féru(e)s de XVIIIème siècle, de contes de fées, patines, carton et arte povera, sachez ceci si ce n'est déjà le cas : la talentueuse et modeste Marie-Martine Raillat a un blog. Ce fut en tout cas il y a peu de temps une heureuse découverte pour moi qui avais été émerveillée -je n'ai sans doute pas été la seule- par les créations cartonnées de Martine lors d'un reportage de Question Maison sur France 5. A présent, je vais pouvoir rêver au jour le jour sur ses délicieuses réalisations et me tenir au courant des stages qu'elle propose régulièrement. Car comme je l'avais décelé lors du reportage de France 5, la dame semble d'une extrême gentillesse et toute en volonté de partage, ce qui n'est pas si fréquent dans le milieu créatif, où l'on tient secret -parfois jalousement- ses savoir-faire. Marie-Martine a très bien compris que la technique seule n'est pas suffisante et qu'il convient à chacun et chacune de développer ensuite un style personnel. A priori, j'aime une telle générosité. Sans compter la modestie.
Que dire de ses créations ? Elles tiennent à la fois de l'enfance, des ornements de châteaux, de Cocteau aussi parfois, du théâtre, des marionnettes et princesses de contes de fées. Volutes et ornements botaniques, noeuds et rubans, théâtres d'ombres, couleurs passées, rêves de petite fille grandie trop vite, sans la mièvrerie... Tête de lit, console et miroir ont ma faveur et je les vois bien accompagner la méridienne de Tine Krumhorn, malgré le style plus "musqué" et capiteux de cette dernière. Le blog de Martine n'en est qu'à ses balbutiements, et elle mérite tous vos encouragements... A-t-elle pleinement conscience de ses doigts de fée ? En tout cas, elle a toujours cette émouvante fraîcheur des talents sincèrement étonnés de notre admiration.
05 juin 2009
Le jardin chez soi
N'oubliez pas : ce week-end, vous avez rendez-vous avec des jardins, chez vous ou ailleurs.
04 juin 2009
Se mettre au vert
La raison principale de mon absence prolongée de ces pages est, vous l'avez sans doute deviné, une activité frénétique, voire obsessionnelle, au jardin. Cela risque de se prolonger encore pour un temps, mais entre le jardin de la Source et des visites de jardins prévues ce mois-ci, je ferai malgré tout quelques apparitions, notamment pour partager d'heureuses associations observées chez moi et chez les autres ou plus simplement montrer quelques images des bonheurs chromatiques prodigués par Dame Nature. L'activité jardinière se ralentira avec l'arrivée du plein été et il me faudra reprendre pinceaux, papier et pigments pour des projets dûs - heureusement - pour l'hiver prochain. Le jardin me fournit tant de "modèles" que je me dois de lui prodiguer tous ces soins.
Travailler les zones d'ombre du jardin est toujours un défi. Pour ma part, en opposition aux orgies de roses et vivaces fleuries des zones ensoleillées, j'y privilégie les jeux de feuillages et de volumes avec seulement quelques touches florales de blanc ou parme pour sublimer le tout. Pour cette bordure très étroite et située au pied d'arbustes et arbres vigoureux, il me fallait des vivaces basses, mais avec tout de même un peu de volume et pour la plupart à feuillage persistant. Les mariages chromatiques sont cependant à manier avec précaution car la faute de goût est toujours risquée en cas de dissonance des verts. Heuchères, tiarelles, hosta et quelques impatiens simples et doubles (charmantes avec leurs fleurs en forme de petites roses) se sont vite imposés et prennent le relais après l'hiver et le printemps précoce des anémones blanda, pulmonaires et narcisses Thalia.

Heuchère Green Spice (que l'on peut remplacer par Silver Scrolls, très similaire)
Des heuchères, le grand public ne connaît souvent que ces variétés de rocaille ou talus abandonnés aux inflorescences rose criard. Oubliez ces dernières et ruez-vous sur les collections. Elles ont toutes les qualités : intéressantes toute l'année par leurs feuillages persistants et variés, résistantes, supportant l'ombre... Le graphisme de leurs feuillages se passerait presque de la floraison tant il est diversifié. Cependant, les hampes florales sont si gracieuses, élancées et lègères (le "désespoir du peintre"...) qu'elles parachèvent les nombreuses qualités de la plante. Ma préférence va aux inflorescences blanches ou crème légèrement rosée qui ne heurtent jamais l'oeil avec la combinaison fleur/feuillage.
Les tiarelles sont encore trop méconnues et pourtant elles ont les mêmes qualités que l'heuchère, à ceci près que leur floraison est plus longue. En alternant les deux, elles permettent des variations faciles et persistantes dans les massifs. L'hosta, vivace, mais non persistant, se pose comme une couronne, apporte de la profondeur de face et renforce l'ondulation de cette guirlande toute en camaïeu.
Pour faire un premier tri sur les plantes d'ombre,
cet ouvrage, pratique et bien fait,
par Philippe Ferret, mon "gourou" des jardins de curé...
Photos La Source aux Bois
17 mai 2009
L'immortalité ?
"Pour Agnès, le corps n'était pas sexuel. Il ne le devenait qu'en de rares moments, quand l'excitation projetait sur lui une lumière irréelle, artificielle, qui le rendait beau et désirable. Voilà pourquoi, même si presque personne ne s'en doutait, Agnès était hantée par l'amour physique et attachée à lui, parce que sans lui la misère du corps n'aurait eu aucune issue de secours et tout aurait été perdu. En faisant l'amour elle gardait les yeux ouverts, et si un miroir se trouvait à proximité elle s'observait : son corps lui paraissait alors inondé de lumière.
Mais regarder son corps inondé de lumière est un jeu perfide. Un jour qu'Agnès était avec son amant, pendant l'amour elle aperçut dans le miroir certains défauts de son corps qui lui avaient échappé lors de leur précédente rencontre (ils ne se voyaient qu'une ou deux fois par an, dans un grand hôtel parisien anonyme) et il lui fut impossible d'en détacher son regard : elle ne vit plus l'amant, elle ne vit plus des corps en copulation, elle ne vit que le vieillissement qui avait commencé de la ronger. L'excitation disparut promptement de la chambre. Agnès ferma les yeux et accéléra les mouvements d'amour pour empêcher le partenaire de deviner ses pensées : elle venait de décider que c'était leur dernière rencontre."
Milan Kundera, "L'immortalité", 1990
Huiles sur toiles et aquarelles de Lev Tchistovsky (1902-1969)
(Trop) courtes biographies du peintre ici et là.
17 avril 2009
Une soirée avec Tess

"Tess of the d'Urbervilles", Hybride de rosier ancien, David Austin
Cette couleur, ce rouge rose carminé indescriptible et ce choix du nom de la rose correspondent-t-ils à une volonté de réminiscence de cette fraise qu'Alec fait croquer à Tess, se jouant de son innocence, comme une annonce à peine voilée de sa perte proche ? C'est sans doute à mon sens la simple combinaison de ce rouge passionné épris d'absolu avec une forme pleine, ronde, informelle, "naturelle" en somme, de cette rose, qui en fait une merveilleuse incarnation de cette beauté pure victime des circonstances qu'est Tess d'Urbervilles.
Je songe depuis longtemps à parer mon jardin de cette beauté. Mais un tel rouge demande un peu de réflexion pour un mariage parfait et pérenne avec les espèces environnantes : ne serait-ce pas très triste que la Tess botanique soit elle aussi victime des circonstances et que j'en sois la funeste responsable...
C'est d'humeur un peu fataliste ces jours-ci, mélancolique et vagabonde, que je me suis offert une séance DVD solitaire hier soir avec cette dernière version BBC de Tess, moins ambigüe que celle de Polanski, anglaise à souhait, pour le plus grand plaisir des yeux et des oreilles (bien aguerries à la langue anglaise tout de même).
D'un point de vue purement futile, j'en ressors avec une envie de robes comme les siennes (help, Zoé!), un désir de campagne accru (pas de souci à priori puisque j'y vis, même si elle n'est pas anglaise) et la volonté déterminée de laisser ma chevelure repousser (portée longue "my whole life" - exactement comme Gemma Aterton dans le rôle titre - mais récemment coupée, voir épisode précédent).
"Why it was that upon this beautiful feminine tissue, sensitive as gossamer, and practically blank as snow as yet, there should have been traced such a coarse pattern as it was doomed to receive; why so often the coarse appropriates the finer thus, the wrong man the woman, the wrong woman the man, many thousands of years of analytical philosophy have failed to explain to our sense of order."
"But some might say, where was Tess's guardian Angel ? Where was the providence of her simple faith? Perhaps... he was talking, or he was pursuing, or he was in a journey, or he was sleeping and not to be awaked... As Tess's own people down in those retreats are never tired of saying among each other in their fatalistic way: 'It was to be.'"
"My life looks as if it had been wasted for want of chances! When I see what you know, what you have read, and seen, and thought, I feel what a nothing I am!"
Citations extraites de "Tess of the d'Urbervilles" de Thomas Hardy, 1891
A lire, ce court essai de Ian MacKean, professeur à la School of Journalism de Londres,
qui donne envie de se repaître encore et toujours de la langue de Thomas Hardy,
avec en plus quelques clés intéressantes.
10 avril 2009
Saint Vendredi
Le crépuscule des derniers cyclamens roses qui s'éteignent délicatement à l'intérieur...
fait écho aux premiers Coeurs de Marie tout juste éclos dans le jardin
pour célébrer les Pâques.
Quoi de mieux que ces fleurs joyeuses et légères de jardin de curé
pour vous souhaiter de très...
Joyeuses Pâques !
Happy Easter!
Świąt Wielkanocnych !
02 avril 2009
Potager notable
Le soleil persistant sur la Picardie ces derniers jours semble avoir enfin définitivement réveillé la nature frileuse considérablement en retard cette année, sans aucun doute en raison des grands froids qui ont marqué l'hiver à présent derrière nous. Tous les bienheureux et bienheureuses ayant la chance d'avoir un lopin de terre à portée de main et de vue s'affairent à présent activement dans les massifs et rangs potagers, si j'en crois les foules se ruant vers pépinières, marchés et jardineries et les nombreux billets de la blogosphère à ce sujet. Toute cette effervescence printanière et jardinière me donne envie de vous faire visiter en images le Potager de Breuil-le-Sec (Oise), plus exactement celui de la Ferme des Etournelles.
En passant le portail, après avoir bénéficié de l'accueil chaleureux de la gardienne qui loge à l'entrée du lieu, on a instantanément le sentiment de remonter le temps et de pénétrer dans une ferme-château certes cossue mais simple de noblesse villageoise. Rien ici n'est en effet ostentatoire : allées plantées d'arceaux simples couverts de rosiers charmants, boules de buis éternels si faciles à bouturer, serre adossée à la demeure sobre et élégante, parc paysager planté de quelques essences rares privilégiant plutôt les grandes étendues; on se laisse séduire très vite par le charme provincial, suranné et discret du lieu où l'on perçoit la volonté de joindre l'utile à l'agréable.
On prend un plaisir très enfantin à cheminer sous le plafond léger et clairsemé de rosiers en fleur pour arriver à l'entrée du potager enserré de hauts murs de vieilles pierres. Parc et potager furent imaginés en 1851 par Louis Sulpice Varé, paysagiste préféré de la Reine Hortense (fille de Joséphine de Beauharnais), concepteur de nombreux jardins dans l'Oise et le Val d'Oise, entre autres, et qui fut le premier à travailler à la réalisation du Bois de Boulogne avant de se fâcher avec Haussman qui lui confisqua ensuite le projet avant son terme. Si vous désirez en savoir plus sur l'homme et vous intéressez à l'histoire des jardins, je vous engage à vous procurer ce numéro de la revue Polia qui en propose un portrait plutôt bien fait.
Le regard embrasse d'un seul coup d'oeil le potager qui s'étend jusqu'aux contreforts de l'église, ce qui en fait une sorte de jardin de curé puissance dix. C'est là une volonté délibérée de Mr. Varé d'avoir conçu une légère déclivité du sol afin d'offrir d'un seul bloc le spectacle des rangs bien ordonnés, néanmoins débarrassés d'une certaine austérité géométrique grâce aux bordures joufflues de buis. Malgré le mouvement perpétuel des récoltes, on a la confirmation que le temps s'est arrêté en 1851 lorsque l'on apprend que le dessin du potager n'a pas bougé depuis cette date.
Ma dernière visite a eu lieu au début du mois de juin pendant le week-end des Rendez-Vous aux Jardins, et les rangées, traversées d'allées en terre battue devenue dure à force d'être foulée (c'est émouvant d'imaginer sabots, galoches, bottes cavalières, crinolines et jupes de bure déambulant ici), n'affichent pas encore la profusion de légumes produits en été, mais une opulence colorée de fleurs vivaces plantées en masse. Et ce sont des cortèges de digitales, lupins, iris, pavots, pivoines, delphiniums, géraniums vivaces, oeillets à venir, sans doute issus de moultes divisions, boutures, échanges et semis. Alors que maints jardiniers (dont moi) se torturent parfois pour la réussite de "mixed borders" à l'anglaise qui doivent être harmonieuses tant en couleurs qu'en volumes, tellement subjugués que nous sommes par le raffinement des massifs à la Gertrude Gekyll, la beauté de ces processions de vivaces simplement alignées, plantées en masse et traités graphiquement en somme comme des légumes, a quelque chose de rassurant, à savoir que la simplicité au jardin paie parfois tout autant sinon plus qu'une certaine forme de complexité mal maîtrisée.
Ce billet en pensant particulièrement à celle-ci


















































