01 octobre 2007
Miroir, mon Beau Miroir
Cabinet bleu "à l'anglaise" d'Anne-Marguerite De Beauveau, 1730
Château d'Haroué, Meurthe-et-Moselle
Ce beau miroir qui trône dans un cabinet fort narcissique du Château d'Haroué en Lorraine et dont les photos sont extraites du livre "Haroué, Demeure des Princes" aux Editions de L'Yeuse, m'est apparu soudain tel qu'enfant j'imaginais le miroir magique de la reine dans Blanche Neige et les Sept Nains. Tout dans cette pièce évoque le confinement et le secret : sa forme et sa taille, son dépouillement raffiné, le motif central du marbre au sol convergeant vers la personne autorisée à se mirer, la couleur bleue délavée des murs dont le reflet enveloppe d'un voile onirique chaque élément de la pièce, le paravent devant la fenêtre empêchant tout lien avec le monde extérieur réel, la primauté du miroir au fronton atypique et merveilleux (on le croirait fabriqué par Miss Clara). Ce cabinet secret était-il lieu d'un culte égocentrique démesuré? Ce miroir faisait-il office de confident nocturne, ou de déversoir d'angoisses existentielles terrifiantes, apportait-il des réponses à des interrogations tues à d'autres, se substituait-il au regard d'un homme aimé ou désiré? Conte existant sous d'autres formes et à d'autres époques mais retravaillé en leur temps par les frères Grimm, j'ignore si Anne-Marguerite de Beauveau connaissait une version antérieure, sinon doit-on voir dans cette mise en scène une sorte de prémonition troublante...
Miroir reflet de l'âme, miroir matérialisation d'êtres désirés, miroir maléfique s'il est brisé, miroir révélateur de vérités, miroir ouvrant une porte vers d'autres mondes, autant d'objets symboliques présents dans les contes, dont vous trouverez de nombreuses illustrations et analyses ici.
Ill. Arthur Rackham
Ill. Millicent Sowerby
Ill. Walter Crane




