12 octobre 2007
Objet Fétiche
Mon esprit, pourtant naturellement tourné vers l'avenir et enclin à faire de belles et contemporaines découvertes, se complaît aussi et résolument dans une certaine forme de passéisme. Une part d'enfance indéfectible en moi me porte à regarder, longtemps, à me réconforter dans une nostalgie idéale et à imaginer des histoires, destins romanesques ou vies mornes, passés improbables mais séduisants, rattachés à des objets anciens qui m'entourent ou sur lesquels mon regard se pose. Dès lors, je m'approprie leurs secrets et les sacre trésors et/ou fétiches (ou comme les enfants, objets transitionnels?).
Ainsi, dans mon sac, me suit dans tous mes déplacements ce miroir acquis dans une brocante de la Châtre, lieu si cher à George Sand. En toute logique et contre toute argumentation rationnelle contradictoire, je me suis convaincue que ce petit miroir de poche lui avait appartenu (de quelle autre précédente détentrice pourrait-il s'agir puisque je l'ai trouvé précisément où est ssise la propriété de Nohant?) et que je détiens là une véritable relique. Sans doute la suivait-il aussi dans tous ses déplacements entre Paris et Nohant. Peut-être a-t-il été offert par l'un de ses amants ou la très tendre Marie Dorval, cadeau secret d'une relation provocatrice à l'époque? Ou est-ce un souvenir de son voyage à Venise avec Musset ou à Majorque avec Chopin? A-t-il vu ses yeux pleurer après une rupture ou l'a-t-il suivie lors de ses escapades nocturnes, déguisée en homme, même si je doute que George Sand ait eu beaucoup de cette coquetterie-là?
Je ne peux m'empêcher de penser que le petit paysage qui figure au dos de ce miroir a inspiré certaines dendrites aquarellées que l'auteure se plaisait à peindre, activité qui s'intensifia à la fin de sa vie. En histoire naturelle, la dendrite décrit de minuscules ramifications végétales fossilisées et imprimées sur des minéraux. En arts plastiques, il s'agit d'une technique aléatoire permettant de créer des images improbables. Au début des années 1860, George Sand se mit à réaliser de nombreuses dendrites. Sa technique, somme toute enfantine mais nécessitant de nombreux essais avant maîtrise, consistait à retoucher au pinceau ou à la plume une forme abstraite et nervurée obtenue par pression ou pliage de taches d’encre ou de pigment projetées sur le papier. Des paysages vaguement oniriques émergeaient de ces formes qu'elle retravaillait ensuite à l'aquarelle, et réhaussait de gouache et d'encre. Et elle contemplait longtemps ces taches avant de les métamorphoser en paysages, imaginant tout comme moi aujourd'hui les histoires qu'elles pourraient raconter.
"Aurore et Gabrielle Dudevant-Sand, Monsieur Fadet et le vieux château"
"Touffe d'arbres au rocher rose"
"Coteaux boisés" (Château de Nohant)
Commentaires
Délicat ce petit miroir, et si romanesque "son" histoire ;-)
I love that you have such 'reliquaries' in your pockets! George Sand is a favorite of mine too, certainly her romance is evident in your collection!
Ravissant billet. Je suis conquise par cette poétique de l'"écrasement" dont j'ignorais tout.
Très joli voyage , plein de délicatesse à travers ce précieux objet qui réfléchit et dont on doit prendre garde, comme disait Cocteau.
poétique...
Après tout cela, je suis effectivement convaincue que tu possedes le miroir de g. Sand...
A très bientôt.
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