16 octobre 2007
Documents Intérieurs
Si vous avez raté la passionnante exposition consacrée au photographe Eugène Atget qui s'est tenue récemment à la BNF, et si vous ne pouvez vous rendre à Berlin au Martin Gropius Bau où elle s'est expatriée depuis fin Septembre, vous pouvez toujours satisfaire votre curiosité ici et là .
Eugène Atget a sans doute élevé la photographie d'intérieurs au rang de ressource documentaire précieuse sur un Paris et une banlieue encore campagnarde, condamnés tous deux à disparaître à l'orée du XXème siècle, en immortalisant rues populaires, façades de petits commerces, éléments architecturaux et intérieurs parisiens. Nous ne sommes pas chez l'Impératrice Eugénie dans sa résidence de Farnborough photographiée par Mniszech, mais nous pénétrons le décor quotidien des humbles, voire miséreux, et de la petite et moyenne bourgeoisie de l'époque.
Cependant, Eugène Atget, dont on sait finalement peu de choses, brouille volontairement les pistes : certains intérieurs qu'il attribue tantôt à un artiste dramatique tantôt à un ouvrier, sont en fait des clichés de son propre appartement qui, certes, nous renseigne sur ses conditions de vie, mais laisse aussi de ce fait le spectateur ignorant un peu dubitatif sur la véracité des témoignages concernant les autres catégories sociales - " ignorant" car le photographe a en fait passé la fin de sa vie à scrupuleusement répertorier chacune de ses épreuves. Malgré cette ombre, ses photos constituent une source incroyable de renseignements concernant les différentes strates de la société urbaine de l'époque : où l'on réalise que le statut de sociétaire de la Comédie-Française constituait sans aucun doute un sort plus enviable en terme de confort que celui d'une rentière, et permettait de jouir d'un luxe qui n'avait rien à envier à celui d'un industriel. Enfin, ces images représentent aussi un très riche catalogue d'inspiration pour les puristes qui souhaitent recréer un intérieur exemplaire de la Belle Epoque.



