10 décembre 2007
Du plus Petit au plus Grand
Vous êtes-vous parfois interrogé(e)s sur l'attraction qu'exercent encore et toujours sur nous, adultes, les livres d'images pour enfants?
Les réponses me viennent naturellement lorsque je me replonge pour la énième fois dans le tout premier livre partagé avec chacun des enfants de La Source. "Mon Grand Livre d'Images", un doux imagier illustré par Eve Tharlet (celle-là même du célèbre Lapin Fenouil) aux Editions Lito, est à présent un peu défraîchi, corné, et bon nombre de ses pages a été réparé à grand renfort de scotch et taché par les petits doigts de tous petits barbouillés de biscuits ou chocolat. Ce n'est pas tant la nostalgie qui me fait reprendre de temps à autre ce livre sur les rayonnages de la bibliothèque (même si je sais que je le conserverai pour le reste de ma vie) qu'un réel sentiment de plaisir visuel très réconfortant qui me fait d'ailleurs souvent regretter la quasi absence de nos jours d'illustrations dans la littérature dite pour "grandes personnes" (les livres anciens offrent pourtant ces images). Souvent je me prends à composer mentalement des dessins ou aquarelles à la lecture de certains romans, et je ne parle pas ici de bandes dessinées mais bien d'images disséminées çà et là au coeur de l'histoire, véritables plages d'interprétations ou de rêveries. Au regard de l'engouement des adultes pour certains illustrateurs jeunesse, je suis étonnée que le secteur de l'édition ne se penche pas plus sérieusement sur la question. Est-ce donc si méprisable d'aimer les "livres avec des images"?
Première fenêtre sur l'extérieur via les mots et les images, il me semble que c'est cette joliesse du regard de l'illustratrice sur le monde, les personnages, les animaux, les objets et la nature qui fait l'attrait de ce livre et l'avait converti en véritable "bible" auprès des enfants de la Source encore tous petits et leur maman. Tout y est familier, évident et simple. Idéalisé me direz-vous? Peut-être, mais il s'agit davantage selon moi d'une observation affinée et bienveillante, sorte de douce transition entre l'inconnu à apprendre et le réel. Le dessin est tout en rondeurs et en courbes, les adultes n'y sont guère beaucoup plus grands que les enfants, l'usage des couleurs est subtil grâce à une tendre palette diaphane qui est le résultat d'une technique aquarelliste particulièrement maîtrisée et pointue. Et puis il y a ce sens incroyable du détail de la part d'Eve Tharlet, que l'on retrouve aussi chez beaucoup d'autres illustrateurs de la littérature enfantine et qui fait ma joie d'esthète des arts décoratifs et du jardin : comme dans les miniatures ou les maisons de poupée victoriennes, tout y est étudié et chaque objet est travaillé, stylisé, à sa place et identifiable. L'illustration est bien ici un instantané de vie peuplé de petits clins d'oeil, les cadrages sont savants et le plus petit élément est là : écrou, caillou ou insecte microscopique, la cerise sur le gâteau qui souligne qu'Eve Tharlet remplit pleinement son rôle d'artiste, celui qui voit ce que les autres ne voient pas ou plus et nous le montre dans toute sa poésie.
Eve Tharlet publie aussi et surtout aux Editions Nord-Sud





