18 juin 2008
Toilette
06 juin 2008
Hortus Conclusus IV

Croquis de fuschias extrait du cahier de jardin de la Source
Ce week-end offrira une autre opportunité de découvrir des jardins secrets : jardins petits ou grands, jardins privés d'ordinaire fermés au public, jardins modestes, jardins familiaux, jardins de partage, jardins élaborés, jardins de collectionneurs, jardins précieux que l'on devine seulement et qui intriguent, attisant la curiosité lorsque leur eden se laisse entrevoir ou laisse s'échapper une branche de rosier ancien rare au-dessus d'un vieux mur. Ils ont alors le même attrait que l'intérieur d'une vieille bâtisse à peine dévoilé par la vitre d'une fenêtre éclairée. Quelle chance cette fois-ci, nous aurons le droit d'entrer...
Pour en savoir plus, c'est ici.
03 juin 2008
Hortus Conclusus III
Il faisait presque trop beau dimanche pour photographier les jardins, mais certes pas pour les visiter. Ce week-end des Rendez-Vous aux Jardins constitue toujours une occasion idéale de pénétrer des jardins plus secrets, moins accessibles au public, du moins en visite individuelle ou en cette période de l'année. Le samedi après-midi pluvieux ne laissait rien présager de bon pour le lendemain, et c'est avec bonheur que j'eus la surprise du soleil et de la chaleur dimanche matin. Comme une enfant dans un magasin de confiserie ou devant un catalogue de jouets, il me fut difficile de choisir parmi les jardins à ouverture plus exceptionnelle en ce week-end exceptionnel, tant leurs descriptions étaient séduisantes et attisaient ma curiosité. Mon dévolu, cependant, s'était déjà depuis quelques semaines jeté sur le Jardin d'Ariès, jardin d'une ancienne commanderie de Templiers située dans un village tout proche de la Source. Envie ancrée depuis quelque temps déjà, mais comme les Parisiens qui ne visitent jamais la Tour Eiffel, l'endroit était-il sans doute trop proche pour que je m'y aventure auparavant.
Le visiteur est accueilli en tout premier lieu par l'imposante bâtisse à l'austère pureté. La propriétaire est là, disponible pour nous raconter l'histoire de ce lieu et heureuse de nous laisser ensuite vagabonder dans le jardin, qui a, au bas mot, nécessité quelques dizaines d'années de travaux de réhabilitation et d'aménagement, puisque cette commanderie dut reconquérir son territoire parcelle après parcelle. A ce propos, je ne cesserai jamais de souligner la générosité et l'humilité de ces propriétaires jardiniers qui ouvrent portails et grilles pour partager avec le public le fruit de leur travail. J'ai toujours été frappée par leur gentillesse, leur modestie et le désir de partager leurs connaissances. Ici, point de compétition, comme j'ai pu la rencontrer parfois dans le milieu artistique, car tous ont la volonté de transmettre leurs connaissances, leurs expériences afin d'en faire profiter les autres, sachant qu'aucun jardin ne se ressemble. N'est-ce pas là le véritable secret pour multiplier des niches de beauté ? Le jardin est peut-être l'un des derniers lieux de transmission orale de savoirs ancestraux et chaque rencontre avec un(e) jardinie(re) s'est toujours avérée pour moi humainement très riche. Je me souviens notamment de Catherine Gévenoux, lors de ma visite à Maizicourt, qui me présenta à d'autres hôtes en ces termes : "Madame fait un jardin..."; elle me hissait ainsi presque à son rang, alors que je n'en étais pas là; ces mots remplissaient sa bouche de manière gourmande et elle instaurait de ce fait une connivence touchante et très motivante, même si mon entreprise resterait toujours bien loin de son jardin remarquable.
En visitant le Jardin d'Ariès et en visionnant mes clichés, au vu de mes connaissances en art du jardin, il m'est apparu clairement qu'il s'agissait bien là d'un jardin de perspectives d'inspiration Renaissance et pas tout à fait d'un jardin à la française. Il en porte réellement toutes les caractéristiques. Dès que l'on passe de la bâtisse au jardin, on est saisi par le raffinement et la sobriété des agencements et des couleurs. Ici, point de profusion florale. Le jardin est structuré -sans la rigidité excessive des jardins à la française- par les broderies de buis, ifs et charmilles que ponctuent sans outrance et en touches très stylées rosiers, pivoines, clématites et autres pieds individuels de quelques vivaces sélectionnées pour leurs origines anciennes. Il y a là certes une géométrie et un graphisme des topiaires, mais sans sévérité aucune; ces sculptures végétales persistantes habillent en quelque sorte le jardin d'un basique indémodable et chic, accessoirisé nonchalamment çà et là de rosiers et vivaces afin d'apposer la touche finale de couleur et de fantaisie.
On passe ainsi de terrasse en terrasse, admirant les perspectives créées par les nombreux dénivelés, on s'assoit sur les marches de pierre pour profiter du graphisme, de la lumière, du bruit du vent et des couleurs, on se penche pour sentir, toucher, on se laisse bercer par le bruit d'une fontaine, le reflet d'un bassin, surprendre par des statues de faunes nichées dans la charmille, on se laisse cloîtrer dans le théâtre de verdure, on se promène infiniment et indéfiniment dans le labyrinthe de buis dominé en son centre par une urne en pierre, et l'on s'attarde sur les bancs de pierre moussue disséminés un peu partout, sous une voûte parfumée de chévrefeuille ou de rosier ancien.
Je suis tombée littéralement sous le charme de ce jardin de douce rêverie, d'art et de fuite, jardin havre, jardin suave et charmant, dominé par le vert tendre des jeunes pousses de buis et d'ifs, et qui prouve une fois de plus qu'il suffit de peu d'essences d'arbres et de fleurs mais simplement d'un art talenteux de la mise en scène et des points de vue pour créer un antre de beauté. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si la Renaissance marque le réel début de l'art du jardin en Occident.
Il faisait si beau qu'à maintes reprises je crus être sur une colline quelque part en Italie...
Le Jardin d'Aries est ouvert le reste de l'année sur rendez-vous
aux groupes d'environ 15 personnes.
28 mai 2008
Les Délires de la Dauphine
Autre extrait du Livre-Journal de Lazare Duvaux, déjà évoqué hier - Mai 1749
Qui oserait s'atteler à la confection de cet étonnant -vrai/faux- "bouquet" de toutes saisons ?
19 mai 2008
Hortus Conclusus II
Connaissez-vous ces jours où vous vous sentez pris(e) d'une impatience inexplicable, où vous ne commencez et ne finissez rien, où vous ne savez que faire du temps qui vous est donné ou tout au plus savez-vous que vous n'en sortirez rien de bien satisfaisant et concret ? Est-ce le ciel orageux chargé d'électricité impatient de libérer à nouveau ses averses ?
Cette humeur gentiment tourmentée, en l'absence de toute autre contrainte, m'entraîne parfois à tout laisser et prendre d'autres routes, chemins secrets de découverte et d'inspiration à travers la campagne environnante.
Ce jour-là, le ciel déployait un formidable camaïeu gris de Payne. Le soleil atténue les contrastes dans la nature et j'ai toujours préféré photographier les jardins par temps couvert sous une voûte légèrement nuageuse qui forme un écrin merveilleux à leur verdure et autres couleurs. Les paysages, comme lavés par le passage des ondées, apparaissent dans leur ultime vérité éclairée d'une belle lumière crue, et on peut en saisir les moindres nuances.
Un arbre déraciné au fond du jardin et les pivoines affaissées (heureusement redressées depuis) par la force des pluies récentes m'avaient quelque peu découragée et j'avais besoin d'être remotivée pour poursuivre mon ouvrage au jardin. Logiquement, car comme la météo il me fallait m'apaiser, je pris la direction de l'Abbaye de Saint Arnoult. Un besoin d'évasion donc, mais pour me retrouver dans un espace esthétique inconnu, clos et empreint de sérénité. La balade pour m'y rendre fut déjà un plaisir en soi, chemins et villages insoupçonnés bien que peu éloignés de la Source, campagne saisissante de beauté simple, vallons, fermes historiques perchées, bois mystérieux chargés de parfums d'humus et de plantes sylvestres, bruit du vent, vieux pédiluves abandonnés aux nénuphars, maisons secrètes, rencontres animales dans les prairies...
Le jardin de l'Abbaye de Saint Arnoult se mérite donc. Et c'est par un chemin caillouteux bordé de grands arbres et perdu au milieu de nulle part que l'on y accède, le regard récompensé par sa silhouette à peine triomphante émergeant en contrebas, aux frontières de la prairie et du bois.
Le dessin du jardin de cette abbaye n'a pas la rigueur structurelle de la Ferme de Bois-Richeux ou du Prieuré d'Orsan. Il me semble donc plus exact de le qualifier simplement de jardin "d'inspiration médiévale". Cependant, les neuf carrés (3 x 3) qui forment le principal centre d'intérêt de ce petit jardin nous renvoient bien vers la Sainte Trinité vénérée au Moyen Age, et ses murs d'enceinte, ainsi que les édifices austères et les matériaux naturels et rustiques qui le peuplent, en font indéniablement un "hortus" à la manière des enluminures de l'époque. A la fois hortus conclusus (jardin clos) bercé par la musique de la fontaine placée dans le carré central et hortus delicarium voué au plaisir des sens, baigné notamment de la fragrance puissante du rosier rugosa Blanc Double de Coubert, le visiteur y oscille sans cesse entre le profane et le sacré. Dans l'esprit du Moyen-Age, ce jardin est le reflet de l'Eden perdu, destiné à nourrir et sauvegarder une paix spirituelle, mais il m'est apparu aussi comme un jardin "courtois" et sensuel voué au bien-être.
Saint Arnoult dépasse parfois cette double vertu en se muant en jardin de l'imagination, comme en témoignent la très poétique mini forêt de bouleaux et son gardien moussu, sortis de l'imagination de sa propriétaire aidée de jeunes élèves d'un collège voisin.
La visite de ce jardin, de par sa dimension, ne fut pas si longue, mais il a suffi d'une pause sur un banc non loin de la fontaine et de promener mon regard sur les massifs débordant de géraniums vivaces, euphorbes, centaurées, pélargoniums et roses anciennes, pour avoir la certitude que ce lieu avait pleinement rempli la mission que j'avais choisi de lui octroyer en ce jour d'orage.
"Le jardin est jaloux des délices qu'il recèle", Andrew Sinclair.
06 mai 2008
Hortus Conclusus I

"Muhammad Shah dans un Jardin",
Peinture attribuée à Nidha Mal, Inde Moghole, vers 1735
(Boston Fine Museum of Arts)
L'empereur moghol Muhammad Shah, plus doué pour les loisirs que pour la guerre (piètre stratège, son règne de 1719 à 1748 aboutit à l'éclatement partiel de l'empire moghol indien), voulait que ses jardins soient en tous points l'incarnation du plaisir sensuel et inspirent un sentiment de paix et de tranquillité profondes, à l'abri des armées postées de l'autre côté des murs qui les clôturaient.
Jardins remparts contre la violence et la laideur d'un certain monde.
01 mai 2008
Contre les dragons
Saint Léonard, ami de Clovis, s'était retiré au coeur des bois où il menait une vie d'ascète. Il fut un jour provoqué par le démon ayant pris la forme d'un affreux dragon. Le combat fut féroce et le saint reçut maintes blessures. Cependant, à chaque goutte de sang qui tombait à terre, des pieds de muguet poussèrent et se mirent à fleurir.
Photo d'André Martin extraite du livre "Le Jardin Romantique de George Sand"
de Christiane Sand et le paysagiste Gilles Clément, paru chez Albin Michel en 1995.
Beaucoup de bonheur à vous tous et toutes qui prenaient le temps parfois de venir à la Source.
07 mars 2008
Papiers Botaniques II
Lys, Passiflore et Physalis,
Collages en papier réalisés entre 1772 et 1788 par Mrs. Mary Delany
Source : British Museum
Si de telles planches relèvent pour beaucoup d'historiens d'art davantage d'un bel ouvrage de dames un peu désuet ou d'un pur travail d'artisanat que d'une véritable oeuvre d'art, on est pourtant saisi devant les collages papiers de fleurs réalisés par Mrs. Mary Delany (1700-1788) par la précision, la minutie et les nuances de l'exécution qui nous troublent tant qu'au premier abord on est enclin à les confondre avec de belles gouaches ou aquarelles sur fond noir. Les ombres apposées, la finesse des pétales, nervures, pistils et étamines, les couches successives de papiers (certaines variétés en ayant nécessité plus d'une centaine), le camaieu de couleurs et la composition même de ces planches nous étonnent à moitié lorsque l'on apprend que Mrs. Delany pratiquaient la peinture, en somme comme toute dame de la bonne société britannique, ayant pris selon toute vraisemblance des leçons avec le peintre et graveur William Hoggarth. Mrs. Delany avait plus d'une corde à son arc et s'adonnait à beaucoup d'activités manuelles et créatives qui faisaient partie de la "bonne éducation" de ses contemporaines du même milieu social -travaux d'aiguilles, découpage de silhouettes, fresques murales en coquillages. Femme de son siècle et de bonne condition avec ce que cela implique en terme de freins moraux, ayant de succroît un confort de vie ne la motivant pas à revendiquer un quelconque statut d'artiste, loin cependant d'être d'une nature passive, elle est parvenue malgré tout, partant un jour d'une simple analogie entre des pétales de géranium et un morceau de papier rouge traînant négligemment dans sa chambre, à créer une nouvelle forme d'art botanique qui perdure et dont les couleurs ont plus de vigueur et d'exactitude que les pages d'un herbier antique aux tons merveilleusement passés mais demeurant pour toujours mystérieusement monochromes.
Pour en savoir plus sur la vie et l'oeuvre de Mrs. Mary Delany,
je vous conseille la biographie ci-contre écrite par Ruth Hayden
aux éditions British Museum Press
...encore disponible sur Amazon.UK
03 mars 2008
Blossoms I
Retour du Sud de la France, d'Orient ou d'Extrême Orient ?
... où les fragiles fleurs des abricotiers annoncent l'éphémère beauté des "sakura" (cerisier en fleur) et tombent au moindre effleurement...

"Abricotier en fleur"
Photo La Source Aux Bois, Février 2008
"In spring apricot blossoms bloom first.
I was looking for the blooming alone in twilight"
Haiku ~ Yamanoueno Okura
... où l'on tremble, comme le poète palestinien Mahmoud Darwich, à la vue des fleurs d'amandier...

Fleurs d'Amandier - Vincent Van Gogh, 1890
"L'encyclopédie des fleurs et le dictionnaire ne me sont d'aucune aide... Les mots m'emporteront vers les ficelles de la rhétorique et la rhétorique blesse le sens puis flatte sa blessure, comme le mâle dictant à la femelle ses sentiments. Comment les fleurs d'amandier resplendiraient-elles dans ma langue, moi l'écho ? Transparentes comme un rire aquatique, elles perlent de la pudeur de la rosée sur les branches... Légères, telle une phrase blanche mélodieuse... Fragiles, telle une pensée fugace ouverte sur nos doigts et que nous consignons pour rien... Denses, tel un vers que les lettres ne peuvent transcrire. Pour décrire les fleurs d'amandier, j'ai besoin de visites à l'inconscient qui me guident aux noms d'un sentiment suspendu aux arbres. Comment s'appellent-elles ? Quel est le nom de cette chose dans la poétique du rien ? Pour ressentir la légèreté des mots, j'ai besoin de traverser la pesanteur et les mots lorsqu'ils deviennent ombre murmurante, que je deviens eux et que, transparents blancs, ils deviennent moi. Ni patrie ni exil que les mots, mais passion du blanc pour la description des fleurs d'amandier. Ni neige ni coton. Qui sont-elles donc dans leur dédain des choses et des noms ? Si quelqu'un parvenait à une brève description des fleurs d'amandier, la brume se rétracterait des collines et un peuple dirait à l'unisson : Les voici, les paroles de notre hymne national !"
Extrait du recueil de Mahmoud Darwich "Comme des fleurs d'amandier ou plus loin", Actes Sud 2007
Et si ces éclosions se faisaient plus septentrionales, au plaisir de la vue s'ajouterait celui d'un son cristallin et glacé...

Blossom Chandelier - Création Tord Boontje
12 février 2008
Bulbes Hâtifs II

On peut se promener dans ce jardin extraordinaire et malicieux, ici.





















































